INAUGURATION DU CASALGRANDE CERAMIC CLOUD DE KENGO KUMA.
Le 2 octobre dernier, tous les réflecteurs de la culture architecturale internationale étaient braqués sur la petite ville industrielle de Casalgrande, située dans la province de Reggio d'Émilie, où se trouve le siège de l’entreprise de céramique “Casalgrande Padana”.
L’intense activité de recherche dans les domaines de l'innovation technologique et artistique fait de Casalgrande Padana une entreprise leader du secteur au niveau international et un des symboles de production les plus ancrés dans le territoire économique de l'Émilie, ceci également en raison de l'engagement socioculturel “historique” de l'entreprise au niveau local.
Le 50° anniversaire de l'entreprise a été célébré comme une fête collective, car Casalgrande Padana partagé son histoire avec la communauté. Cette fête a été l’occasion pour offrir à la ville le “Casalgrande Ceramic Cloud”, à savoir le premier ouvrage que le célèbre architecte japonais Kengo Kuma a réalisé en Italie, un véritable “manifeste” urbain qui a été placé sur un rond-point d'environ 30 mètres de rayon à l'entrée de la route Pedemontana.
Kengo Kuma, architecte du CCCloud, et Mario Nanni, mentor et fondateur de l'entreprise Viabizzuno qui s'est occupé du projet d'éclairage, ont été les protagonistes indiscutés de la journée, tout comme Franco Manfredini, Président de Confindustria Ceramica et de Casalgrande Padana.
La conférence de presse s'est tenue dans la matinée, au rez-de-chaussée de l'espace dédié au Musée de Casalgrande Padana, aménagé d'après un projet de Kengo Kuma et encore en cours de réalisation.
L'architecte a tout d'abord illustré quelques uns de ses ouvrages inspirés de la traditionnelle maison de thé japonaise, ce qui a permis de mettre en évidence la grande vigueur expérimentale de son travail qui vise à sonder les différentes potentialités d'expression et technologiques des matériaux. Parmi les nombreux exemples qui ont été illustrés, figuraient ainsi les petits pavillons temporaires caractérisés soit par une enveloppe à membrane gonflable (Teehaus, Francfort, 2007), ou par l’assemblage de parapluies (Casa Umbrella, Milan, 2008), ou encore par des bidons en plastique (Water Branch, New York, 2007), des plaques de pierre (Stone Castle, Vérone 2007) ou d'aluminium (Alluminium Card, Toyama 2009). Successivement, le parcours de conception a abouti à l’architecture sur une plus grande échelle, comme par exemple la boutique “Lucien Pellat - Finet” (Osaka, 2009), le Granada Performing Art Centre (Grenade, 2008, en cours de construction), et enfin, le “Casalgrande Ceramic Cloud”.
Kuma décrit avec une grande clarté et de façon efficace les principes qui ont inspirés le CCCloud. Par l’assemblage de 1.052 plaques céramiques d'un blanc immaculé, avec neuf différentes typologies dimensionnelles et étroitement collaborantes avec la structure intérieure en acier, le maître japonais a voulu revisiter la conception conventionnelle de la céramique qui la considère comme un simple revêtement, pour conférer à ce matériau extraordinaire de nouvelles potentialités structurelles et figuratives dans l'espace tridimensionnel. Cet ouvrage se présente comme une sorte d'“architecture vivante”, qui change constamment en fonction de la position de l'observateur: vu de côté, il se présente comme une ligne très fine et affilée, tandis que vu de face, il se transforme en une surface continue de 45 mètres d'extension, telle une coulisse murale perméable à la lumière et qui interagit étroitement avec le milieu environnant. En effet, l’idée d'un monument qui ne devait pas être pas une “fin en soi” mais entendu plutôt comme partie intégrante du paysage est à la base du concept de l'idéation de l’ouvrage : le matériau est comme une “toile blanche” qui capte la lumière et se transforme au fil des heures et au fil des saisons, en donnant naissance à des formules de perception toujours différentes.
La sculpture est conçue comme une synthèse entre l'élément artificiel et l'élément naturel: si ce mur vivant en céramique est le symbole de l'ouvrage intellectuel et construit, l'espace environnant, aménagé de plans d’eau et de galets, renvoie à des suggestions propres au jardin “zen”, selon une idée typiquement japonaise où artifice et nature sont les extrêmes - non conflictuels - d'une dialectique toujours équilibrée et stimulante.
Mario Nanni a ensuite présenté les lignes directrices d'une pensée qui inspire son ouvrage depuis plus de 40 ans et qui se traduit dans son interprétation personnelle de la lumière, considérée comme un véritable matériau de construction qui sert étroitement à la qualification de l'architecture. Pour le “Casalgrande Ceramic Cloud”, Nanni a conçu le projet “La lumière du vent”: par l’application de huit “règles” qu'il a consolidé au cours de son travail - dont l'importance attribuée à la vocation tridimensionnelle de la lumière dans l'espace, aux valeurs de l'ombre et du mouvement, au dualisme entre présence et absence de la source lumineuse - Nanni a voulu se mettre à l'épreuve en contribuant avec passion à la réalisation d'un ouvrage de grande envergure culturelle, fruit d'une entente profonde entre des commettants éclairés et une exceptionnelle sensibilité de conception.
À une demande qui lui a été posée sur l'éventuelle prévision en phase de conception, de la possible transformation chromatique de l'ouvrage en fonction des agents atmosphériques et de la pollution, le maître Kuma a répondu en soulignant la valeur intrinsèque et symbolique du blanc, lié au thème de la pureté et exemplifié par la blancheur des carreaux, qui de par la nature résistante et lavable des matériaux, ne seront sujets à aucun type de transformation formelle, contrairement aux galets qui sont plus susceptibles de subir des variations.
L’inauguration officielle a eu lieu l'après-midi, accompagnée des nombreux discours des autorités locales, des commettants et des architectes, et s'est déroulée près de l’ouvrage de Kuma, sous une imposante structure réalisée tout exprès pour accueillir la grande affluence de public.
Pour la communauté émilienne, l’inauguration du “CCCloud” a été l'occasion de pouvoir admirer en avant-première l’ouvrage de Kuma sur la nouvelle artère Pedemontana, une infrastructure de grande valeur logistique et stratégique pour toute la zone, fortement soutenue par Casalgrande Padana, désormais arrivée à son état final de réalisation.
En cette même occasion, Andrea Rossi, maire de Casalgrande, a annoncé l'attribution du titre de citoyen d'honneur à Franco Manfredini et lui a remis les clés de la ville
Dans la soirée, après le discours du Président de Casalgrande Padana, l’évènement s'est “transféré” sur le rond-point du CCCloud, pour le moment magique de l'allumage des lumières par Mario Nanni, avec un fond musical et le nombreux public qui entourait l'ouvrage dans un silence quasi religieux.
Successivement, la compagnie de danse Aterballetto a exécuté un ballet sur des notes classiques et contemporaines, pour couronner une journée intense et passionnante.
Article: Chiara Testoni
Photos: Marco Introini Photography
